Posted on: 26 septembre 2019 Posted by: Rock'in'Shake Comments: 0
DA SILVA

Paris 17e, à deux pas du Parc Monceau. À l’occasion de la sortie prochaine de son nouvel opus, Au Revoir Chagrin, nous avons eu l’opportunité de rencontrer Da Silva et d’échanger sur lui et de sa vision du monde actuel.

Au revoir chagrin est ton septième album studio. Pour rebondir sur la série des sept, quelle est pour toi la septième merveille du monde musical ? Et pourquoi ?

Il faut que je réfléchisse un peu, j’en ai tellement. Ça doit être Chopin, parce que j’adore Les Nocturnes.

Quels sont les sept albums qui t’ont le plus marqué ?

Il y a des albums en particulier, comme celui de Gal Costa et de Caetano Veloso, qui s’appelle Domingo. C’est un album majeur que j’ai beaucoup écouté. Il y a bien évidemment Pornography, de The Cure, qui est très important dans ma vie. C’est super difficile comme question, parce qu’il y a tellement de choses différentes qui m’ont amené là où j’en suis aujourd’hui.

Tu as signé un nouveau long format appelant à la désobéissance et à lever le pied : pourquoi ce sentiment d’urgence et de liberté ?

Il n’y pas de sentiment d’urgence, non. J’ai fait un album qui me ressemblait. Je crois que le monde dans lequel nous vivons est terminé, bien que les sociétés s’acharnent à vouloir continuer sur ce modèle. Je pense que c’est bel et bien fini.

Il faut décélérer et passer à des choses plus conséquentes et importantes, comme la culture et l’agriculture de proximité, mais aussi consommer moins et avoir une attitude écologique en général. Et surtout se rapprocher des plaisirs qui font fonctionner davantage l’imaginaire que le simple fait d’être une victime ou, en tout cas, être passif et de consommer. On doit vivre dans une société où l’imaginaire et la fantaisie l’emportent sur le simple fait de toujours vouloir consommer.

En ce moment, as-tu un artiste que tu écoutes régulièrement qui pourrait surprendre tes auditeurs ?

Fontaines D.C., qui est un groupe de rock (mais cela ne risque pas de les surprendre). Je fais partie de ces artistes qui font tout pour ne pas être dans des cases. Je fais de la peinture, des musiques de films (notamment des comédies), des livres pour enfants, j’écris pour des chanteurs de variété, je mixe des disques, etc. Je fais tous les boulots que l’on peut faire dans la musique. Chaque fois que j’ai un moyen de m’exprimer, j’essaie de m’y aventurer.

Je crois que je ne peux pas trop surprendre les gens parce que l’on n’attend rien de moi. Ensuite, je n’ai jamais fait la même chose. J’ai toujours pris soin de me diversifier.

En parlant de « cases », qu’est-ce qui t’a poussé vers la chanson française plutôt qu’un autre genre musical ?

J’ai toujours fait de la chanson. Après, c’est la façon de l’orchestrer qui est différente. Je suis Français, je chante en français. J’essaie de soigner mes textes. Je fais cette musique depuis toujours, je ne vois pas du coup ce que je peux faire d’autre.

Est-il possible encore aujourd’hui, en 2019, de faire de la nouvelle musique ?

C’est toujours possible de réinventer la poudre. Pourquoi crois-tu que l’on ne pourrait pas ? On invente de nouveaux instruments. Même si les accords existent, ainsi que les mélodies et les modes, on peut les réinventer. En tout les cas, la production actuelle n’invente rien du tout.

Quelle réaction espères-tu que le public aura lors de la prochaine parution de ton album Au revoir chagrin ?

Quand on fait des albums, on n’espère rien. On fait un disque parce que l’on a besoin de le faire. On dit les choses parce que l’on a besoin de les dire. Et puis, on a plus ou moins de chance d’être écouté par plus ou moins de monde, car les gens s’intéressent plus ou moins à nous. Selon l’époque, selon la tendance, selon ce qu’il se passe, on s’intéresse plus ou moins à ce que vous faites. Il est question de circonstances et d’environnement. Mais on n’attend rien. Je fais des chansons pour me faire du bien et de partager avec le plus de monde possible.

Comme une thérapie ?

Non, une thérapie, c’est autre chose. Mais la musique reste le moyen d’expression qui me semble le plus évident. Je ne suis pas à l’aise de manière générale, mais la musique est l’un des moyens d’expression que j’utilise, comme l’écriture et la peinture.

Quelle(s) différence(s) fais-tu entre ton activité de peinture et ton travail d’écriture ?  

La peinture et l’écriture sont intimement liées parce qu’il y a une certaine forme de fantaisie en soi, un imaginaire plus ou moins développé selon les saisons et l’époque de sa vie. Mais je crois que tout se lie, tout s’entremêle dans un nœud que je ne saurais même pas dénouer. On ne fait pas des images quand on peint, on essaie de transcrire une émotion à travers un sujet. Ou pas d’ailleurs. Il n’y a peut-être parfois pas de sujet. Parfois, il y a juste de la matière. On essaie de retransmettre une émotion dans tous les cas.

Comment fonctionnes-tu au niveau de l’écriture de tes morceaux ? Sont-ils liés à l’actualité ou pas du tout ?

On traîne toujours des obsessions, qui ne nous quittent pas vraiment. Cela m’ennuie un peu les chanteurs qui font des morceaux sociétaux, en rapport avec leur époque. Je trouve cela anecdotique. Faire un titre sur un fait de société, ce n’est pas du tout mon truc. Je trouve cela débile, à titre personnel. Je suis plus touché par la poésie de Dylan ou de Rimbaud, que par l’article de journal du coin qui parle de je ne sais quelle affaire dans le monde, qui m’intéresse en tant que citoyen, mais pas en tant qu’artiste.

Si je fais de la musique, c’est pour sortir du monde ordinaire. Les atrocités du monde sont bien ordinaires. Les atrocités des hommes sont bien ordinaires. Les inégalités sont bien ordinaires. Il y a des intérêts (inter)nationaux qui existent et qui font que les choses n’avancent pas. La réalité, c’est qu’il faut s’occuper de cela en tant que citoyen. Cela n’a rien à faire dans mon imaginaire et dans mon envie de m’exprimer, qui est quelque chose de plus intime. Et puis, surtout, cela n’a rien de poétique.

Tu accordes justement beaucoup de valeur au poids des mots. Si tu devais utiliser un terme pour définir Au revoir chagrin, quel serait-il ?

Il est métissé. On retrouve des sons d’Amérique Latine, d’Orient et en même temps, Européens et Anglo-Saxons. Oui, métissé. C’est ce que j’essaie de faire. Je ne sais pas si c’est réussi, mais je voulais qui le soit.

Certains artistes interdisent les téléphones lors de leurs spectacles : est-ce un exemple à suivre ?

On interdit tout. Si le mec a payé sa place et que cela lui fait plaisir de faire une vidéo qu’il ne regardera jamais… Que les gens se fassent plaisir ! Pourquoi on interdirait quoi que ce soit ? Pourquoi interdire un truc de plus ? On ne va quand même pas passer son temps à interdire ! Cela ne gène personne que le mec filme. Si cela gène le voisin de derrière, il se met devant.

Du moment que tu n’emmerdes pas ton voisin, il n’y a rien qui me dérange. Je m’en fous complètement ! Il n’y a rien qui me perturbe sur scène. Je suis avec les gens. S’ils ont un portable, je sortirais peut-être le mien. Je ne veux pas non plus que l’on m’interdise un truc. Il y a bien des artistes qui prennent parfois un portable en festival, pour filmer le public !

Au revoir chagrin, à paraître le 25 octobre 2019, chez At(h)ome.

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