Posted on: 9 janvier 2020 Posted by: Rock'in'Shake Comments: 0

Quartier Bouffay, en plein cœur de Nantes. Ville qui a permis la découverte de ce groupe aux vertues indie-rock. Comme Lame, avez-vous l’âme d’un rockeur ? Long échange avec Étienne, l’un des membres du quatuor, qui s’est prêté au jeu des questions tirées au sort.

  1. NANTES

Tout d’abord, il s’agit d’un morceau que l’on vient de sortir. Ce qui est marrant, c’est qu’à la base, il m’est venu quand j’étais en voyage à New-York. Cela peut paraître étrange. La mélodie m’est venu comme ça, en me baladant, fasciné par les gratte-ciels.

Une fois rentré, j’ai oublié le morceau […]. Un an après, il est ressorti. J’avais un refrain sur New-York, en me disant que je vais écrire un morceau sur cette ville. Très rapidement, je me suis dit, “New-York, c’est une ville que j’aime bien, mais que je ne connais pas. Je ne la connais qu’en tant que visiteur”… Je n’avais pas grand chose de particulier à raconter, si ce n’est les clichés touristiques.

La mélodie avait tout de même un côté urbain et je me suis orienté du coup vers Nantes, qui est la ville de naissance du groupe, le point de convergence. Je suis Nantais d’origine, mais dans le groupe, nous sommes tous arrivés un peu par hasard à Nantes. Je vois ce morceau comme un hommage, pour une ville que l’on aime, où l’on vit au quotidien. Elle est le décor du groupe. Le but, ce n’était pas non plus de faire un morceau juste avec les beaux clichés, en ajoutant un petit trait d’ironie.

Parmi les membres du groupe, la moitié vient de Paris. Cela m’a fait pensé à la gentrification, parce que Nantes fait partie des villes comme Bordeaux qui attire, mise en avant en ce moment. Avec du coup, les conséquences que cela a, comme la boboification ou la gentrification. J’ai fait un petit mélange de tout cela. Le texte de “Nantes” peut se voir aussi comme un petit pied de nez à ce culte de la célébrité, de vouloir réussir à tout prix, la réussite factice.

  1. UN DUO DE RÊVE ?

Je pense que ça serait avec [Julian] Casablancas, des Strokes. Pour moi, c’est LE groupe des dernières décennies, même si leurs derniers albums ont été en-dessous. En revanche, leurs trois premiers albums, je peux les écouter encore, même si je les connais par cœur. La finesse derrière la simplicité de leurs arrangements sont en fait intelligents. Tout est parfait, avec cette coolitude new-yorkaise incarnée. Et cette voix…

Après, sinon, j’aurai pure dire John Lennon. Mais c’est un peu mort, dans tous les sens du terme.

Dans les mecs que j’aime beaucoup également, c’est Jack White. On a l’impression que c’est toujours un gamin qui découvre la musique, sans calcul. Il fait tout par amour de cette musique rock, alors qu’il aurait pu écrire cinq “Seven Nation Army”, pour creuser le sillon et faire vivre les White Stripes jusqu’à plus soif. Mais aussi tirer sur la corde jusqu’au bout pour en gagner des millions. Tu sens que ce n’est pas la finalité. Il est authentique et sincère dans sa démarche, ce qui est appréciable dans le monde actuel.

  1. PLUTÔT SCÈNE OU STUDIO ?

En fait, les deux. C’est une question à laquelle j’ai beaucoup réfléchi, étant un grand fan des Beattles, qui est le premier groupe m’ayant fait découvrir la musique. C’est le groupe qui a tellement inventé sur la pratique du studio encore aujourd’hui. Ils ont prouvé tout ce que l’on pouvait en tirer au niveau des arrangements, que l’on pouvait utiliser le studio juste comme étant un outil de création, et non comme un simple outil d’enregistrement. Dans les premiers albums des Beattles, un studio, c’était ni plus ni moins des enregistrements de sessions live où en gros, on essayait de capter le meilleur. Ils ont vraiment exploité tout le potentiel du studio.

Pour moi, la différence entre le studio et la scène, c’est le rapport au temps. En studio, tu vas essayer de donner une version qui est pour « l’éternité ». Tu réfléchies à vraiment exploiter tout le potentiel d’un morceau. Alors que la scène, c’est l’immédiateté, le morceau tel qu’il sort des instruments, des mecs sur scène, avec leur énergie du moment, celle du public, la salle…

  1. 2020

L’année commence plutôt pas mal, avec la sortie de notre morceau “Nantes”, qui rencontre un bon écho. En plus, on va rentrer prochainement dans un dispositif d’accompagnement qui s’appelle MAD. Cela va nous permettre d’avoir des résidences techniques et artistiques, mais aussi de partager avec des lycéens qui font de la musique, etc. On bosse également sur un clip pour le single, que l’on va tourner normalement le mois prochain et devrait sortir ensuite au printemps. Sans oublier les concerts.

On essaie de développer le groupe, de nous améliorer encore et encore. Pour l’instant, 2020 démarre sur de bons rails. On aimerait bien commencer les sessions d’enregistrement de l’album à venir, vers la rentrée, en septembre.

  1. 2019

2019, c’était plutôt cool aussi. On a commencé à tourner fin 2018. 2019 a été l’année où l’on a rodé notre set sur scène, mais aussi de grandir en tant que groupe, de partager de bons moments avec les gars du groupe. On a eu la chance de faire des scènes assez sympas. Cela a été vraiment notre première année d’existence publique

  1. LAME

On cherchait un nom à une syllabe, vraiment simple. Et en même temps, on s’est dit qu’il sera probablement écorché à la française par pas mal de gens. On s’est dit que cela peut être marrant d’avoir un mot qui signifie quelque chose aussi bien en français qu’en anglais.

Le mot anglais, qui veut dire « boiteux », est aussi une expression qui veut dire « foireux » ou « nul ». En fait, je l’avais choisi non pas par modestie, mais justement parce que l’on fait une musique qui n’est pas spécialement valorisée en ce moment qu’est l’indie-rock. Au final, on s’est dit que l’on fait une musique de « ringards ». Avoir ce nom-là est un petit pied de nez.

On aime la musique que l’on fait et on s’adresse à tout le monde. J’aime bien explorer des choses différentes, apporter un soin aux arrangements, intégrer des choses pointues. Mais à chaque fois, j’essaie que l’on ne se cantonne pas à faire de la musique juste pour musiciens. J’ai envie que cela soit compréhensible par tous, qu’il n’y aie pas de barrières, même s’il y a forcément plusieurs niveaux d’écoute.